Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Collage papier original @VictoireSatto
Es-tu de ceux pour qui cette vie sociale décharnée est une punition ? Ou qui comme moi, au contraire, vivent dans une bulle de protection bordée par leur imaginaire, qu’ils déplacent quel que soit l’endroit, le jour ou la conversation ?
Présents à leurs pensées et absents au monde. Expliquer ce qui les traverse nécessiterait une discussion en circonvolutions, où chaque détail qui semble anodin a une importance capitale.
Je passe trois fois par tout l’alphabet pour aller de A à B. Les niveaux de pensées parallèles sont un dédale ennuyeux à mourir s’il fallait les décrire, sans le talent de Sophie Marie Larrouy pour les digressions magistrales (Si tu ne connais pas le podcast « A bientôt de te revoir », c’est le moment).
Je ne peux pas dire que la vie sociale me manque. Si je chéris les liens humains avec mes proches, l’immersion dans une soirée d’inconnu·e·s requiert une paire d’atout que mes manches n’ont pas. Je donne le change (les vêtements m’aident beaucoup) et j’observe pour comprendre.
Longtemps j’ai pensé qu’une absence d’appétence pour les mondanités était une chose anormale. Avec le temps j’ai appris que « la fête » était un état de joie du cœur bien plus qu’un état de fait sur le standard établi de teuf réussie, musique loud, mecs bourrés, photos façon C’est MA soirée.
Les images parleront
Demain d'une fête magique
Sublime et unique
Où je n'étais pas
Je suis de ceux à qui l’absence de nouvel an ne fait ni chaud ni froid. Ce qui me manque, c’est de serrer mes pote. Ce qui me manque, j’essaye de le créer ailleurs et différemment. Un lien social digital.
Un lien fictif à des personnages rencontrés au détour d’explorations littéraires, d’une culture série et cinéma qui rattrape à son rythme des années-lumières de retard (je sais pas ce que j’ai foutu au lycée). Un lien épistolaire riche du temps incompressible requis par l’écriture manuscrite. J’avais presque oublié comment ça se pratique. Un lien avec moi que je connais étonnamment mieux dans un royaume de calme imposé par le contexte. C’est si nouveau pour moi, le calme.
A-t-on changé de vie civique depuis la fin des confinements ? Est-ce que tout ce bordel nous pousse à intérioriser ou décuple notre aptitude à nous livrer sans bienséance ?
Aller à l’essentiel, un jour après l’autre, un mantra par minute. "Vers la clarté, par n'importe quel chemin"****. Et toi, tu vis quoi ?
*Un livre de Jean Paul Dubois
** Coca sans bulles, Yelle
***A la verticale de soi, Stéphanie Bodin
****Jules Renard, Journal